a(c)crocs

12 septembre 2010

Expérimenter la houle, le creux de la vague, apprendre à refaire surface. "bulletproof" riz au lait.

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16 Juillet 2010
Chers lecteurs, chers irréductibles qui malgré ce changement de ton, d'optique, d'assiduité et de fond, me restent fidèles, il faut que je vous avoue une chose. Oh peut etre pas vraiment à vous c'est vrai, peut-être juste parce qu'ici c'est chez moi, parce qu'ici je l'écris, parce qu'ici ça sera sorti.  Oh, un petit rien de rien, une chose comme une autre dans la vie banale, une étape sans doute commune, un vague à l'âme probablement universel. Déjà, on pouvait le ressentir dans une certaine rage contenue, dans un agacement récurrent. Puis d'autres pouvaient le voir dans mes envolées nerveuses, mes cris de colère vains. J'avais les nerfs sévère. On pourrait aussi parler de "burn out", ou d'épuisement, concernant les conséquences. Ouais mec, j'étais à bout. Comment on en arrive là? On entre dans un milieu passionnant mais éreintant, on ne se ménage en rien pour arriver à ses fins, la cuisine "on l'aime ou on la quitte". Donc, on s'implique, on se défonce, on s'investit, puis on subit, on paie pour les autres, on expérimente la lacheté, la hierarchie, la faiblesse de ceux qu'on estime. Si vous êtes insensible, faux, et blindé, pas de problème: laissez couler, donner leur raison, octroyer leur la joie de la victoire sur le plus faible. Comme je suis bêtement tout le contraire, certains diraient caractérielle, nerveuse, volontaire, sincère, grande gueule (et d'autres adjectifs plus gentils que j'arrive même pas à écrire tant on s'est escrimé à m'en faire douter...), c'était d'avance foutu pour moi. J'aurais peut etre du laisser ma langue dans ma poche, insulter leur mère intérieurement, faire profil bas. Oui, je sais, je suis pas crédible (sauf pour les insultes allez va). Parce qu'on devrait pouvoir braquer un miroir en face de tels connards, parce qu'on voudrait tellement que l'injustice cesse.

 

Tu te lèves à l'aube, parfois même avant, changement de tenue, veste nickel, tablier, torchons, vérifier les commandes, les livraisons, persil, aubergines, fraises, verveine, lisettes, foie gras, ok, déballer, ranger, étiquetter. Tu vérifies ta liste, interminable, tu te rappelles que tu n'es que commis pour faire baisser la pression, puis tu réalises que décidément non, putain de responsabilités, c'est toi qui dois gérer, toi qui dois maîtriser, malgré ta si courte expérience. Tu te prends une charge, normal, oublié de dater, oublié de filmer, oublié de n'importe quoi. Ce n'importe quoi t'es pas la seule à le faire, les erreurs, ça arrive, mais toi, t'as cette grande gueule, cette bouche que tu ouvres trop souvent, alors, c'est peutetre impersceptible, peutetre un truc de parano, mais les reproches sonnent un peu plus fort à ton encontre. La fille en cuisine, celle qui pense et qui parle là, elle va prendre cher...Garde-manger, pâtisserie, voilà ton espace de vie dix à douze heures par jour. Ton domaine, ton espace, ta préoccupation, ton obsession. Tu t'améliores au fil des mois, malgré la tension, les abus, ça s'arrange en cuisine, le sous chef et toi vous êtes compris, il aura fallu 6 mois de crasses et de pleurs, entrecoupés de fous rires et de complicité. Tout ou rien.
Neuf mois que tu t'acharnes à ce poste, neuf mois ça fait réflechir. Devenir irréprochable, le gérer depuis la commande à l'assiette qui part en salle. Former un remplaçant. Tout ça, on t'avait pas trop prévenue. Commis, tu obéis, pas trop de responsabilités, tu débutes quoi, voilà ce à quoi tu t'attendais. Ici, t'as grandi super vite. Les fautes tu les assumes, les reproches tu les acceptes, mais l'injustice, ça jamais, c'est pas passé. T'as pleuré, t'aurais ptet pas dû mais c'était tellement fort, t'as expliqué, lentement, fermement, non vraiment ça tu pouvais pas laisser passer. Quand toute une équipe de cuisiniers se donne viscéralement pour sortir du bon boulot, et qu'une "équipe" de salle s'acharne à tout démollir, parce qu'aigreur, prétention, echec de vie, étroitesse d'esprit, méchanceté, tu deviens dingue. Comme ces gens, en plus d'être pitoyables, et accessoirement les êtres les plus cons qu'il m'ait été donné de rencontrer, sont experts en lâcheté, c'est toi qui va payer leur vie ratée. Toi la seule fille en cuisine, toi la petite nouvelle, toi celle qui leur ouvre trop les yeux sur la réalité de leur médiocrité.

 

La cuisine est un monde de tarés. Il y a toute sorte de folies, des bonnes et des mauvaises. Il y a tout de même énormément de mauvaises.

 

Aujourd'hui, j-7 avant la fin des festivités, j'essaie d'être à l'heure du bilan. Suis-je à ma place? Ai-je sû remplir mon rôle, ai-je été à la hauteur?  Ont-ils un peu raison? Cela vaut-il la peine? Qu'ai-je appris de moi-même?
Aujourd'hui, j-7 avant la fin d'une longue année, je n'arrive décidément pas à me concentrer. Parce qu'un malheur n'arrive jamais seul? Tu doutais déjà de toi au travail, tu sentais faiblir tes certitudes, ta volonté et même ton amour pour ce métier de dingue, mais voilà que tu doutes aussi de Lui. Et à juste titre.

 

12 Septembre 2010
Quand la médiocrité et la lacheté des hommes (non pas l'humanité mais bien le mâle) se répand, t'envahit depuis la sphère professionnelle jusqu'au creux de ton lit, quand elle remplit tes jours et tes nuits, c'est là que tu t'arrêtes net. Tu ouvres les yeux tout ronds, tu tombes des nues, la nausée t'envahit. Professionnellement tu pardonnes, tu oublies, tu avances. Car tu découvres d'autres collègues, d'autres esprits, d'autres ambitions. Septembre 2010, à nouveau la tête dans le guidon, tu n'as pas faibli, tu tiens le coup, tu grimpes les échelons, allez crois en toi, lâche rien!
Personnellement, tu en baves un peu plus. Tu penses vengeance, coups, cris. Tu es dégoutée, blasée, blessée. Tu te demandes encore si tout ça est bien réel. Tu regrettes ta naiveté, tes yeux fermés, ta confiance, ta faiblesse. T'as bien pensé brûler ses si précieuses fringues, sa superficialité avec, son obsession pathologique. T'as bien pensé creuver ses pneus, ses yeux, lui tout court. Et puis finalement rien. Resignation et tirer un trait.  Ah si, parce que quand même faudrait pas qu'il s'en sorte trop indemne, et pense à toi un peu, tu as bien besoin de te défouler. Alors tu parles tu parles tu parles. Tu racontes à qui veut bien l'entendre, tu racontes à qui se trompe encore sur lui, tu dévoile la bassesse du menteur, du pitoyable, du minable. Ca n'efface rien, ça ne soigne même pas, ça n'estompe pas les traces, mais qu'est-ce que ça fait du bien.

 

Alors, encore, permettez-moi ici de lui crier d' ALLER SE FAIRE FOUTRE.

 

 

Riz au lait, framboises fraîches, pêches rôties

 

Découvrez la playlist La roux avec La Roux

riz au lait: 100g de riz rond- 50cl de lait -1/2 gousse de vanille- 60g de sucre
pêches : 2 pêches ou nectarines- beurre salé-sucre
framboises fraiches
sablés bretons

 

Blanchir le riz (départ eau froide), égoutter, remettre dans la casserole avec le lait, la gousse de vanille grattée. Laisser cuire à feu moyen une vingtaine de minutes, jusqu'à ce que la quasi totalité du lait soit absorbée, et que le riz soit fondant. Ajouter le sucre, puis refroidir.
Couper les pêches en dés. Les poêler à feu vif avec beurre et sucre caramélisé, puis baisser le feu et laisser légèrement compoter;
Dressage: quelques framboises fraîches, le riz au lait, les pêches, un peu de sablé breton emietté. That's it.

 

Savourez en pensant à votre liberté retrouvée, au temps gagné, aux priorités. En pensant à tout sauf à lui, finalement. Lui qui déjà?

Posté par miss_bonbon à 12:35 - 06-Sugar-Sugar! - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

    alors tu vois, je ne sai spa squle age tu as, mais tu dois etre jeune!!!! et tu as reussi a vivre en 1 an et donc a réaliser ce que d'autres mettent une vie a apprendre et à voir!!! alors crois moi, ta vie a été un enfer mais ton avenir n'en sera que plus serein..mo je deguste ce riz au lait en pensant à la chance que tu as d'avoir réalisé tout ça...et en te souhaitant une belle vie pour la suite

    Posté par sab, 12 septembre 2010 à 14:27
  • Rien de tel que l'essentiel comme exutoire.
    Des bisous

    Posté par Marieke, 13 septembre 2010 à 09:47
  • le menteur....

    Quel monde de tarés, dans ces restos "étoilés" ou qui veulent l'être. leurs chevilles enflent et souvent leurs têtes aussi....
    IL savait bien se cacher derrière ses ""chemises"" fashion....Que celles qui le croiseraient se méfient...
    Miamm ce riz au lait..Bisous

    Posté par Mum, 13 septembre 2010 à 11:36
  • Un seul mot, courage!

    Posté par kitchenette, 15 septembre 2010 à 08:15
  • je ne sais pas de quel chef vous parlez mais la cuisine pour ceux qui sont dans l'ombre est un métier d'abnégation. Courage et quand je vais dans cette restaurant je pense toujours aux commis derrière qui se lèvent trop qui préparent pour les chefs. Journée jamais finie, compliment rare mais un beau métier que celui de nourrir les autres

    Posté par marie, 16 septembre 2010 à 08:08
  • Bon courage pour la suite alors !

    Posté par bergeou, 16 septembre 2010 à 10:33
  • Bon, aller, j'y vais: la cuisine n'est pas un monde de tarés, mais une aventure colorée, artistique, relaxante, passionnante, bref, j'adore!
    Ici, à Maurice, on partage, on s'invite, on goute.Malgré le manque de produits.
    Aller, je suis sure que tu aimes ce monde, courage!

    Posté par Hélène, 16 septembre 2010 à 21:19
  • Eh beh ! Tu parles d'une année !!
    Pour ce qui est de la vie d'une brigade dans une grande cuisine, j'ai toujours éprouvé beaucoup de respect pour ceux qui aimaient à ce point l'art culinaire pour lui payer un prix si élevé... Alors chapeau bas, m'dame, pour l'expérience passée et pour celle qui commence. (Cela dit, si ça peut te consoler, la bassesse et la bêtise se rencontrent vraiment partout, donc pas de regrets à avoir de ce côté-là : tu aurais croisé les jumeaux de tes abrutis saboteurs ailleurs, mais tu n'aurais pas pu t'adonner à ta passion. Donc, à bien y réfléchir, tu es quand même gagnante ! )
    Quant au douloureux réveil de ton rêve de prince charmant... Là, c'est toute ma compassion que je t'offre. Et, si j'en crois mon expérience, tu as raison de dévoiler son vrai visage aux autres, même si certains se diront sûrement que c'est l'amertume qui te fait parler ainsi de lui. J'avais préféré me taire pour éviter de salir un peu plus les souvenirs de notre histoire ; il en a profité pour déformer la réalité, et c'est moi qui me suis soudain découvert une réputation de garce finie. Très agréable, comme tu peux t'en douter... Alors non, n'hésite pas : ça permettra peut-être à quelqu'un de ne pas se faire prendre dans ses rets.
    Et bon courage pour la suite !

    Posté par MamzelleHérisson, 17 septembre 2010 à 17:17
  • merci

    merci pour vos petits mots.
    Malgré tout, j'adore en effet mon métier! c'est un milieu difficile, mais pour rien au monde je ne changerais de vocation. Parfois simplement cela fait du bien d'exprimer les doutes et colères.
    PS: il ne s'agissait pas d'un chef en particulier. Car d'ailleurs mon chef de l'année passée est quelqu'un que j'admire beaucoup et également un tres bon chef

    Posté par miss_bonbon, 21 septembre 2010 à 00:20
  • bouletproof

    Chère Miss Bonbon,
    D'habitude je te rends visite, à ton insu, pour tes recettes -j'ai fait ta connaissance avec la soupe de navets (!!!)- et ta gouaille, mais aujourd'hui je suis aussi touchée par ta sensibilité et ta façon de l'exprimer, je voulais juste te dire "Go-Go-Go"! Moi non plus j'aime pô les cons, ils sont cons.
    Courage. T'es tellement talentueuse que tu m'éneeeerves-c'est le plus beau compliment que je puisse faire!
    Soléna.

    Posté par soléna, 17 octobre 2010 à 22:18
  • bravo

    je suis tombé par hasard sur ton site et la j'ai l'impresson que c'est mon histoire je suis du metier aussi tres tres passionnée j'y vais je fonce je tient je travail dur apres tout c'est le metier que j'ai choisit mais confronté a la lacheté l'hypocrisie la je ne peux plus travailler en equipes j'espere prochainement faire cuisiniere a domicile tient le coup moi j'ai 20 ans de metier j'en ai vue de toutes les couleurs mais ya que comme ca que tu y arrivera et apprend a etre moins sensible et naive ...

    Posté par pepita, 22 octobre 2010 à 15:52
  • Quelle belle verrine !

    Posté par Chris, 27 octobre 2010 à 19:36

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