a(c)crocs

14 août 2009

Viens voir Tata Louise ma mignonne !

Sur le quai de la gare, la vieillotte m'attend le rose au joue, pomponnée comme pour son premier bal. Faut dire, je suis sa sortie annuelle, son rendez-vous avec le monde, sa virée extra-ordinaire. Moi je gromelle déjà, sourire narquois en anticipant ses mots, radotés depuis 15 ans déjà, et surement pour 15 encore, avant que je ne lui ponde la relève. Je me mors les joues pour ne pas râler ou me marrer, pour que les siennes valent la peine d'avoir été peinturlurées, pour que ma vieillotte reste ma vieillotte. Elle voudrait que je l'appelle Tata. Ou Tata Louise, si je préfère Louise. Moi je l'appelle pas. Ou la vieillotte, dans ma tête. Parce qu'une tata pour moi ça a plutôt l'age d'une mère, ça y ressemble aussi, mais en plus cool, parce que ça n'a pas eu d'enfants et encore moins de fille alors tu comprends ma puce j'en profite? Si la vieillotte savait que j'appelle Sarah Tata, je crois bien que ses joues vireraient au cramoisie. Elle croit que mon refus lexical est systématique. Laissons la croire, pauvre vieillotte. Faut dire, je voudrais pas lui faire du tort. C'est juste qu'elle est trop vieille pour être tata point barre.
Bon, il me reste à peine 5 mètres à parcourir, et je sens déjà les effluves de son eau de cologne désuète. Ca me sert la poitrine. Ca sent comme Papi, la caravane et les serviettes de toilettes rapeuses du fond du placard. J'ai la gerbe mais je souris, des hauts le coeur quand elle m'aggripe. Elle m'a rien fait pourtant, c'est juste une vieille. Ma vieillotte.
Elle me prend le bras comme son amie Rose, me le tient des deux mains pour pas que je m'enfuis. T'en fais pas vieillotte, j'suis là pour deux mois, j'aurai bien le temps de t'échapper une autre fois. Je lui souris encore et je l'écoute, me parler de mes cheveux et de ma taille, de mes souliers et de ma mère. Je regarde devant moi pour pas voir ses yeux tristes, gris clair qui ont du être bleus, qui me rappellent trop que le temps passe vite. Qui me rappellent ma mère aussi, qui les a encore bleus mais pour combien de temps dis
?

Sinon, à part faire des essais romanesques le samedi après-midi, parfois je vais au restaurant. Quand on y passe par hasard, que l'on m'y invite sans crier gare. Par exemple chez Tante Louise.

DSCN2410 Pannequets de saumon, sauce basilic

DSCN2416
















Filet de dorade grillé, risotto au riz noir et fruits de mer

DSCN2418

















Lotte lardée et farci à la cive, légume de printemps au beurre

DSCN2419



















Mille-feuilles aux fruits rouges

***

Service "old school" un tantinet guindé, tout de même amusant à observer. Grandes serviettes blanches, argenterie et vaisselle ciglées, chariot de fromages, serveurs endimanchés et aux petits soins, ici restauration rime avec tradition. Et addition? eh bien non figure-toi! Le menu à 42 euros est franchement une bonne affaire (ici: gaspacho, pannequets de saumon, dorade et risotto, nougat glacé). C'est copieux, fin et goutu, le choix assez vaste pour un menu (3 propositions à chaque étape). Rien à redire. Ah si tout de même: un nougat glacé un peu trop chargé en fruits secs, on cherche encore la crème glacée.
Côté carte maintenant. Bon, autant te le dire de suite, tu risques peut etre d'avoir un peu faim apres ton tandem plat/dessert. Cette remarque ne vaut que pour les plats que j'ai moi-même choisi bien sûr, fort probable que si tu prends l'option viande ce sera plus roboratif. Et cette lotte alors? Pas mal du tout. Certes l'accompagnement est riquiqui. Mais les légumes sont croquants, les girolles fraiches, le poisson très bien cuit.
Le mille-feuille est huge, les fruits rouges bien présents, et je crois bien même avoir décelé quelque mara des bois (ou alors de très bonnes fraises). Honnêtement, je me régale. Comme il devient assez courant, la crème au beurre, crème patissière ou crème mousseline du "traditionnel" mille-feuilles est remplacée ici par une simple crème fouettée vanillée. C'est vrai que c'est léger et onctueux, mais parfois quand même on aimerait trouver en pâtisserie de restaurant un "vrai" mille-feuilles, qui peut se couper au couteau tant la mousseline est réussie: ferme, lisse et fondante. Et on sentirait le travail du guerrier derrière. Alors que la crème fouettée bon ben...on sait aussi la faire hein!
Et pour épancher sa soif alors? La carte des vins est vraiment intéressante, surtout pour nous, ô pauvres étudiants et/ou cuisiniers en herbe payés au lance-pierre, car on y trouve une petite sélection de vins de Bourgogne à prix très très attractifs côtoyant les grands crus de ce genre de maison! Du coup, vu que c'est quand même feu Bernard himself qui recommande, on se laisse même tenter par le premier prix! Un petit Chablis dont je ne me rappelle malheureusement plus les précisions, qui nous est facturé 20 euros les 50 cl. Oui madame, oui monsieur! Et servi bien frais, c'est un petit bonheur, s'il en fallait encore un!

Parce que la publicité n'est pas toujours mensongère: "l'un des meilleurs rapports qualité/prix de la capitale". Bon, n'y étant allée qu'une fois, et étant de nature plutôt méfiante, voire suspicieuse, et tatillône, je m'octroie le droit de revenir sur mes propos ultérieurement si nécessaire. Que la vérité éclate!

Pour ceux qui sont pressés mais intéressés
(non je ne vise pas particulièrement tout parisien de pure souche qui se respecte, quoi que...):

Point positifs:
-l'acceuil, simple, pas trop "trop", et sourires.
-le menu à 42 euros, vraiment très bien
-la justesse de cuisson
-la fraîcheur des produits (évidemment cela n'engage que ma perception du produit, je n'ai pas encore osé demander à aller mettre mon nez dans leur chambre froide...mais l'idée me travaille...)
-les suggestions de vins à prix abordables

Points négatifs:
-le service tout de même un peu trop "trop" (eh oui je suis une grande fille  et ainsi capable de demander un peu d'eau s'il m'en manque, de vin également). Mais je sais ,cela fait partie d'une "tradition" de la restauration gastronomique, et plaira sans nul doute à certains adeptes de ce service "aux petits oignons". Mais bon, pour moi, s'il pouvait se mêler un peu plus des leurs (oignons, suivez un peu !), je ne m'en sentirais que plus à l'aise et à même d'apprécier le repas.
-la portion de légumes en accompagnement du poisson à la carte, un peu light tout de même, pour le prix.

L'adresse:
41, rue Boissy d'Anglas, 75008 PARIS
Fermé samedi et dimanche
01 42 65 06 85

PS : Pensée émue à tous les apprentis et commis, et puis merde alors, aux brigades toute entières même! Pour le travail de forcené qui permet toutes ces jolies assiettes, pour les horaires de dingue, le rush du coup de feu, la chaleur du fourneau, les brûlures et coupures, pour la rudesse du milieu qui malgré tout ne fait pas perdre la passion. Salut à vous!

Posté par miss_bonbon à 13:16 - 11-Restos & co - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Ecriture ou cuisine? Il ne faut pas forcément choisir très chère...Quelle belle description de la tata "qui n'a pas eu d'enfants", et qui sent la naphtaline... On s'y serait cru, sur le quai de la gare. ESt ce inspiré d'une vrai tata? (celle qui t'offre des sacs en poil orange?).
    Quand à l'autre, la Louise, je serais presque tentée, mais aussitôt déçue de ne voir aucun plat adapté à mon régime veggie...me tromp-je? C'est sûrement pour ça que tu ne me l'a pas recomandé "personnellement".
    Bon, tu ne vas pas tarder à arriver pour le pique nique. Bisous.
    PS:j'attends la suite de l'histoire avec impatience.

    Posté par Le Grand Magasin, 16 août 2009 à 12:44
  • quel beau texte!la suite!!
    je tombe par hasard sur ce blog, tout y est parfait, les textes comme les photos, je repasserai

    Posté par nestor&chamallow, 19 mai 2010 à 14:12

Poster un commentaire